Christian Bobin et Pierre Bergounioux pour commencer 2018

Nous avions décidé de commencer l’année en présentant deux auteurs et une sélection de leurs ouvrages.

Christian Bobin. Editions L’Iconoclaste. © vinciane verguethen/voyez-vous

Mary a présenté Christian Bobin

et tout particulièrement ses ouvrages « La plus que vive« , paru en 1996

et son dernier livre « Un bruit de balançoire » paru en août 2017.

 

 

 

 

 

 

LA PLUS QUE VIVE
RÉSUMÉ
Ghislaine est décédée à 44 ans d’une rupture d’anévrisme. Par delà l’indicible de la perte, la voix de l’écrivain s’élève, laissant éclater le silence et la puissance des mots. S’adressant à la femme aimée et disparue, Christian Bobin nous dit la jeunesse éternelle de Ghislaine. L’écriture est minutieuse, procède par petites touches et se fait l’évocation d’instants passés, d’émotions toujours vives. Ce sont ces fragments qui peu à peu reconstituent l’image de Ghislaine, dressent son portrait. Christian Bobin ne cède pas à sa tristesse, car « dessous les larmes il y a un rire, comme dessous la neige blanche il y a les roses rouges » et nous livre sa solitude, un silence incarné, habité par une femme, par son image, plus que vive.

EXTRAITS
«Tu meurs à quarante-quatre ans, c’est jeune. Aurais-tu vécu mille ans, j’aurais dit la même chose : tu avais la jeunesse en toi, pour toi. Ce que j’appelle jeune, c’est vie, vie absolue, vie confondue de désespoir, d’amour et de gaieté. Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le cœur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui. Je t’ai toujours perçue avec ces trois roses, cachées, oh si peu, dessous ta vraie douceur.»

« On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout: le manque. Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore. Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés. »

« J’ai à nouveau appris que nous ne nous promènerions plus ensemble, que le bruit du vent dans les feuilles d’acacia avait divorcé d’avec la rumeur de ton rire. J’apprend chaque jour ainsi, il faut croire que j’oublie au fur et à mesure, nous, les vivants, sommes devant la mort de bien mauvais élèves, les jours, les semaines et les mois passent, et c’est toujours la même leçon au tableau noir. »

« Nous n’habitons pas des régions. Nous n’habitons même pas la terre. Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure. »

UN BRUIT DE BALANÇOIRE

RÉSUMÉ
Pour la première fois, Christian Bobin livre un texte entièrement composé de lettres. Rares et précieuses, elles sont adressées tour à tour à sa mère, à un bol, à un nuage, à un ami, à une sonate. Sous l’ombre de Ryokan, moine japonais du XIXe siècle, l’auteur compose une célébration du simple et du quotidien. La lettre est ici le lieu de l’intime, l’écrin des choses vues et aimées. Elle célèbre le miracle d’exister. Et d’une page à l’autre, nous invite au recueillement et à la méditation.

 

EXTRAITS
« Je rêve d’une écriture qui ne ferait pas plus de bruit qu’un rayon de soleil heurtant un verre d’eau fraîche. Ils ont ça , au Japon. Un de leurs maîtres du dix-neuvième siècle, Ryôkan, est venu me voir. Vous verrez : il n’a qu’une présence discrète dans le manuscrit. Il se cache derrière le feuillage de l’encre comme le coucou dans la forêt.
C’est que je crois qu’il est vital aujourd’hui de prendre le contrepied des tambours modernes : désenchantement, raillerie, nihilisme. (…)
Ryôkan, je ne le connaissais pas il y a deux ans. Et puis je le découvre et je
revois des pans de ma vie : moi aussi j’avais trente ans, aucune place dans
le monde (…)
Je n’ai pas écrit un livre sur Ryôkan mais un livre avec lui. C’est simple: je ne crois qu’au concret, au singulier. Aux maladresses de l’humain- pas au prestige des machines. Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde.
Les Lettres manuscrites sont comme les feuilles d’automne: parfois un enfant ramasse l’une d’elles, y déchiffre l’ampleur d’une vie en feu, à venir. Ce qui parle à notre coeur-enfant est ce qu’il y a de plus profond. J’essaie d’aller par là. J’essaie seulement.  »

« Celui qui attend au bout du quai de papier blanc et ne monte dans aucun train, seul dans la nuit étoilée – c’est celui-là qui écrit.
Ce qui me fait vous écrire est une chose infime comme le demi-sourire d’un ange.  »

« Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde. »

« J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine. »

« J’ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n’ont pas répondu. J’ai frappé aux portes du silence, de la musique, et même de la mort, mais personne n’a ouvert. Alors j’ai cessé de demander. J’ai aimé les livres pour ce qu’ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu’on les entend à peine. »

« Ma vie n’est rien qu’écrire. Le panda mange de l’eucalyptus, moi de l’encre. »

 Une page Facebook dédié à l’oeuvre de Christian Bobin 

 

Pierre Bergounioux
Photo : Catherine Hélie © Éditions Gallimard

Françoise a présenté Pierre Bergounioux

 

et plus particulièrement ses ouvrages : Le ChevronLa bête faramineuse et Miette.

 

 

 

 

 

LE CHEVRON (publié en 1998)

RÉSUMÉ
Notre petit équipement d’yeux, de jambes et de bras semble assorti au monde qu’on touche en naissant. A moins qu’on n’ait vu le jour dans un creux mouillé, sous de mauvais taillis, qu’on ne se soit trouvé impliqué, d’emblée, dans la zone accidentée, oblique, qui sépare l’Auvergne de l’Aquitaine. Auquel cas, on peut douter d’être apparié à ce qu’il y a, d’être fait pour la réalité. Heureusement, on a la ressource de rêver.

EXTRAIT
 » Le trait saillant de notre expérience, c’est le chevron adouci, d’élévation médiocre, que le département répète à l’infini. De Pompadour, sur les marges périgourdines, en ouest, à Millevaches, sur le plateau, vers l’est, de Bort où l’Auvergne pousse son troupeau de volcans, à Turenne qu’éclaire, à l’opposé, la blancheur du Midi, on passe son temps à gravir puis à dévaler le même mamelon vert et toujours renaissant : on est en Corrèze.

Tout notre malheur, dit-on, vient de ce que nous ne saurions demeurer en repos dans une chambre. On s’épargnerait à coup sûr bien des fatigues et des déconvenues. On rêverait ses jours. Le monde nous serait épargné. On serait tout occupé de soi, c’est-à-dire de rien. Car on est les choses auxquelles on naît.

Le premier effet de la hauteur arrondie, omniprésente, c’est de borner le regard, de brider la prompte et puissante faculté par laquelle nous touchons, sans effort, à la voûte étoilée. L’objet qui lui est, pour nous, associé, l’entrave aussitôt et l’atrophie. De quelque côté qu’on l’exerce, elle heurte immédiatement l’obstacle que la terre lui oppose. Nulle part on n’a de vues dégagées, on ne prend la mesure de ce que c’est, précisément, que la terre, l’horizon, les lointains. On a la pente, qu’on est en train de monter, sous le nez. Et il ne faut pas croire que ça change grand-chose d’arriver au sommet. Ce qu’on découvre, si toutefois il n’est pas, comme les versants, couvert de taillis, coiffé de broussailles et de genêts, c’est la combe suivante et le versant de la hauteur voisine. C’est la même chose que ce qu’on a affronté avec l’idée d’en sortir, l’espoir d’être fixé.

On a quitté l’ombre humide du vallon. On s’est donné du mouvement, de la peine, frayé un chemin à travers le palis serré des châtaigniers, les bogues, les ronces. On est en nage. On a le cœur plein de tumulte. On s’est élevé. On se disait, en cherchant le passage, qu’on allait voir et l’on se réjouissait. Il y avait cette attente au centre de l’effort, au cœur de l’essoufflement. Le sol maigre, mauvais où le roc affleure, s’est relevé peu à peu, rapproché, d’ahan, de l’horizontale mais les perches, les genêts de dix ans, aussi hauts que des arbres, eux, n’ont pas désarmé. Ce qu’on a fait n’a servi à rien. On a cédé quelque chose, renoncé au repos et l’on n’a rien obtenu. C’est pareil. On ne voit pas plus loin. On a perdu son temps. Le temps qui baigne le vallon, qui couvre, comme les arbres hargneux, le mamelon, ce temps est sans valeur, sans débouché. On ne peut l’échanger contre quelque chose d’autre. On l’a employé activement, on attend la contrepartie et c’est un marché de dupe qu’on a fait. Ce n’est même pas l’espace d’une lieue, par exemple, qu’on découvre du sommet où l’on reprend haleine, une petite perspective qui serait ornée de champs, l’amorce d’une route facile, rectiligne qui mènerait vers l’inconnu, le nouveau. C’est, au mieux, la même chose, et, le plus souvent, rien du tout, le roncier, le taillis, la tignasse des genêts. »

LA BÊTE FARAMINEUSE (publié en 1986)

RÉSUMÉ
Le narrateur et son cousin Michel âgés de onze ans passent leurs vacances dans une maison de Corrèze où leur grand-père est en train de mourir tout doucement après une existence d’aventures extraordinaires sur des continents lointains.
Il n’en faut pas plus pour que l’esprit des deux garçons s’enflamme et réussisse à passer sans le moindre hiatus d’une réalité quotidienne heureuse aux jeux fantastiques de l’imagination. Comme pour marquer la fin de leur enfance, ils inventent deux rites de passages. Dans le bois voisin, la nuit, il s’agit de traquer une bête fabuleuse, surgie du fin fond de l’Afrique, avec les récits et les livres du grand-père. Puis sur le désertique plateau de Millevaches, de marcher jusqu’aux sources de la Corrèze, où le père a l’habitude de pêcher des truites. Mais la Corrèze qu’ils découvrent n’est qu’un filet d’eau. Où sont les truites? Deux questions capitales se posent alors. Au père : As-tu menti? Au grand-père : As-tu peur de mourir?
Pierre Bergounioux évite aussi bien le ton de la narration enfantine que celui du souvenir. Il a inventé autre chose d’absolument original pour faire revivre la sensibilité d’un âge exigeant et lucide, bien que mêlé de rêves, encore.

MIETTE (paru en 1996)

RÉSUMÉ
À travers les visages de Baptiste, Adrien et Miette représentants douloureux du monde paysan, Pierre Bergounioux offre l’évocation bouleversante d’un monde silencieux à jamais enfui.
Le haut plateau granitique du Limousin fut l’un des derniers refuges de l’éternité. Des êtres en petit nombre y répétaient le rôle immémorial que leur dictaient le sang, le sol et le rang. Puis le souffle du temps a touché ces hauteurs. Ce grand mouvement a emporté les personnages et changé le décor. On a tâché de fixer les dernières paroles, les gestes désormais perdus de ce monde enfui.

 

NOTA : Un très grand merci à Mille lectures d’hiver qui, par la voix de Bruno De Saint Riquier,  nous a permis de découvrir cet auteur l’hiver dernier !

 

 LE SITE OFFICIEL de Pierre Bergounioux

 

La prochaine séance de lectures partagées portera sur la thématique de LA NUIT.

 

 

 

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